Avec le traité de Corbeil, 1258, la frontière entre la France et l'Aragon est fixée. Le système défensif repose sur 5 citadelles "les cinq fils de Carcassonne" mais, en réalité, le frontière est bien plus perméable qu'il n'y parait


La Frontière entre la France et l'Aragon
Le traité de Corbeil, en 1258 ,fixe la frontière, entre la France et l'Aragon, au sud des Corbières. Le roi de France, Saint Louis, reconstruit entièrement des châteaux qu’il vient de conquérir et qui appartenaient auparavant aux seigneurs occitans. Il crée alors un impressionnant système défensif dont le centre de commandement est Carcassonne. Cinq citadelles en sont les pièces maîtresses, « Les 5 fils de Carcassonne », Aguilar, Quéribus, Peyrepertuse, Puilaurens et Termes. Le traité de Corbeil instaure la 1ère vraie frontière d’état. Dans la réalité, elle n’est jamais respectée, c’est plutôt une zone de front avec deux lignes de châteaux de part et d’autre. La valllée du Fenouillèdes est vide d’hommes, trop de circulation de troupes, trop de routiers, trop de destruction et de ruine. Les habitants se sont réfugiés dans les montagnes.

Malgré la guerre et les violences, l'économie ne s'arrête pas pour autant. L'agriculture souffre, mais les échanges restent soutenus entre le Languedoc et la Catalogne. En ces temps troublés, la contrebande est de plus en plus présente. Des fortunes se créent pendant ces quatre siècles de guerre.
Latour de France, village languedocien, au bord de la frontière, aujourd'hui village viticole, est alors une petite ville de marchands, plaque tournante du commerce. La tour de France a des contacts jusqu'à Pézenas et Lyon.
La marchandise (draps de laine, capes de berger...) transite vers la Catalogne, le plus souvent par la vallée de la Têt (Ille sur Têt, Villefranche de Conflent...). Les douaniers catalans prélèvent une part sur le commerce illicite. Les bandoléros* écument la vallée et pillent les traginers*. Ils pratiquent aussi volontiers l’enlèvement et se réfugient en France, dans le Languedoc, en attendant la rançon.
Après le traité des Pyrénées en 1659,à Latour de France, les familles de marchands les plus importantes vivent de leur rente mais un fils de chaque famille part à l’aventure et se rapproche de la nouvelle frontière à Perpignan ou au fort de Bellegarde à côté du Perthus afin de continuer l’activité commerciale. Latour de France se replie sur le travail de la terre.

Au XVIème, le ravage des pestes et l'insécurité dûe à la guerre entre l'Espagne et la France ont considérablement affaibli la population catalane.
Cette dernière est sauvée grâce aux étrangers. Le Bas Languedoc est le réservoir humain de la Catalogne. Depuis le Moyen-Age, les habitants du Languedoc pratiquent une migration saisonnière pour les travaux agricoles en Catalogne jusqu’à Barcelone.
Au XVIème, en raison de la surpopulation du Bas Languedoc, les migrations s'accélèrent malgré la frontière et la guerre. Les travailleurs sont issus de l'Agenais jusqu'aux Pyrénées. Les déplacements se font d’un même village languedocien à un même village catalan.
En 1542 et 1543, l'administration crée des listes d'expulsion des français. Partent-ils réellement ?
En réalité, chaque patron demande des sauf-conduits pour ses ouvriers. Certains repartent après la saison, d'autres restent définitivement et épousent des catalanes. 5 années de résidence sont généralement nécessaires pour devenir catalans.
* Bandoléros : seigneurs pauvres des Pyrénées qui organisent des bandes à cheval
*Traginers : les hommes qui transportent les marchandises

Rédigé par Marie Pedemonte le Jeudi 15 Décembre 2011 à 13:18 | Commentaires (0)