L’œuvre maîtresse que l’on trouve à St Hilaire est un sarcophage-reliquaire en marbre blanc des Pyrénées réalisé par le Maître de Cabestany, sculpteur itinérant et anonyme du XIIe siècle.


Le Sarcophage du Maître de Cabestany à l'Abbaye de Saint-Hilaire
Le Maître de Cabestany
Itinérant tout d’abord car on trouve ses sculptures sur l’ensemble du pourtour méditerranéen. En effet, on chemine sur ses pas de l’Italie (Toscane), à l’Espagne (Catalogne et Navarre) en passant par la France (Aude et Pyrénées-Orientales). On remarque souvent que ses œuvres enrichissent le patrimoine des abbayes bénédictines comme les abbayes de Saint Hilaire, Lagrasse ou Saint Papoul pour la France, San Pere de Rodes pour l’Espagne ou encore Sant’ Antimo pour l’Italie.
Anonyme ensuite car on ne connaît pas le maître, l’homme qui est à l’origine de ce mouvement aussi important. On pense plus à une école, un atelier qui s’est déployé selon les commandes, les travaux à traiter. Le choix du terme le Maître de Cabestany a eu lieu au début du XXème siècle suite à la découverte du tympan de l’église de Cabestany qui mettait en lumière l’Assomption de la Vierge à travers un style unique.
Ainsi dans chaque sculpture du Maître on retrouvera à chaque fois : des visages triangulaires, des fronts bas, des mentons écrasés, des oreilles hautes et creusées, des yeux étirés en amande avec un trou de trépan de chaque côté, des mains aux doigts longs et effilés, beaucoup de plis sur les drapés, un grand nombre de détails autour des personnages principaux…

Le sarcophage de Saint-Hilaire
Mais intéressons-nous davantage à présent au joyau de l’église de Saint Hilaire.
On parle d’un sarcophage, mais il n’en est rien, car cette cuve est trop étroite de l’intérieur et la face arrière n’est pas sculptée. On pense donc qu’à l’origine cette pièce devait se trouver dans le chœur de l’église en tant que maître-autel. Cette œuvre retrace l’histoire de Saint Sernin (ou Saturnin), 1er évêque de Toulouse au 3eme siècle et, plus précisément de droite à gauche, son arrestation, son martyre et son ensevelissement.
- petit côté droit : On peut voir au centre St Sernin qui tient sa crosse de sa main droite et le livre des Evangiles posé sur sa poitrine. A sa droite, c’est St Honest, évêque de Pampelune (Espagne) et à sa gauche, St Papoul, évangélisateur du Lauragais (Castelnaudary). Honest et Papoul sont deux martyrs qui furent disciples de Sernin.
- face principale, à droite : On retrouve St Sernin avec le livre des Evangiles grandement ouvert sur sa poitrine car il commence sa mission d’évangélisation et va se mêler à la population pour prêcher. Malheureusement pour lui, St Sernin a vécu vers l’an 250, au moment des persécutions de Dèce (empereur romain) et le christianisme n’était pas encore toléré. St Sernin est donc arrêté par des soldats romains (l’un d’entre eux l’attrape par le cou). A noter des têtes d’animaux sculptées entre les jambes des romains, symbolisant sans doute la barbarie et le paganisme.
- face principale, à gauche : Par le biais d’une corde, St Sernin est attaché à la patte arrière d’un taureau aiguillonné par un bourreau et excité par 2 chiens qui aboient et essaient de lui mordre les pattes. St Sernin semble serein et bénit de sa main droite les 2 femmes qui se trouvent au dessus de lui: ce sont les Saintes Puelles (en latin : jeunes filles vierges).
- petit côté gauche : Il s’agit de la mise au tombeau de St Sernin. Au centre, on peut voir le corps du Saint étendu et soutenu par les deux Saintes Puelles, ainsi que des femmes tenant un vase d’aromates pour embaumer le corps. Du corps du Saint s’élève un enfant dénudé et nimbé qui représente l’âme de Sernin s’extrayant de son enveloppe charnelle et qui s’élève vers le Paradis où elle est accueillie par un ange.
Tout au fond, le tombeau de St Sernin est béni par deux anges thuriféraires qui déversent de l’encens et par la main de Dieu qui descend du ciel. Sous le tombeau, on aperçoit des femmes qui viennent se recueillir sur la tombe du Saint certainement dans le but d’obtenir guérison ou miracle...

Rédigé par Marie Pedemonte le Lundi 30 Mai 2011 à 09:01 | Commentaires (0)